La misophonie : ces sons qui deviennent insupportables
- cmegret1
- 30 avr.
- 4 min de lecture
La misophonie est aussi connue sous le nom de "syndrome des 4 S" (syndrome de sensibilité sonore sélective), donné par l'audiologiste Marsha Johnson.
Elle se définit comme une intolérance sélective à certains sons — souvent des bruits du quotidien et produits par le corps comme mâcher, avaler ou respirer — qui déclenchent une réaction émotionnelle intense et immédiate.
Pour les personnes concernées, ce n’est ni un caprice, ni un manque de maîtrise de soi, et surtout, ce n’est pas un signe de “folie”. Lorsque ce diagnostic est posé, le soulagement est souvent immense : enfin, une explication !
Les récits, d'Aline d'Elsa et de Julie
Face à moi, Aline 25 ans, regarde vers le sol, presque honteuse. Si elle consulte aujourd’hui, ce n’est pas pour un problème “classique”, mais pour une réaction qu’elle ne comprend pas elle-même. À chaque repas de famille, un détail anodin devient insupportable : le bruit de son père qui déglutit.
« Quand je l’entends, une colère incontrôlable monte en moi" déclare t-elle. "J’ai l’impression qu’il le fait exprès. Mon cœur s’emballe, je panique, parfois j’ai l’impression que je vais m’évanouir. Je finis par me lever brusquement, le regarder avec rage, puis quitter la table. Et après… c’est la honte et la culpabilité. »
Repas après repas elle décide que ça ne se reproduira plus, pourtant, la scène se répète. Malgré ses bonnes résolutions, rien ne change — au contraire, tout s’intensifie.
Aline est loin d’être un cas isolé !
Elsa, 11 ans, élève brillante et parfaitement épanouie, ne peut manger qu’avec la hotte de la cuisine allumée pour masquer les bruits de mastication de ses parents. Julie, quant à elle, sursaute, fusille du regard sa soeur et lui crie dessus lorsque celle çi se racle la gorge.
Ces réactions peuvent sembler exagérées, incompréhensibles, voire théâtrales. Pourtant, elles correspondent à un trouble bien réel : la misophonie.
Comment le cerveau crée ce lien ?
Le mécanisme est inconscient.
À un moment donné, un son précis a été associé à une émotion forte — stress, peur, détresse. Par exemple, le bruit de la déglutition peut avoir été entendu dans un contexte émotionnel difficile. Peu à peu, le cerveau établit un lien entre ce son et une sensation de danger.
Ce processus se met souvent en place au début de l'adolescence lorsque le cerveau se remanie, à une période où le jeune est fortement sensible, en particulier dans le contexte familial.
Résultat : à chaque fois que le bruit se reproduit, le système d’alerte s’active automatiquement. Le corps réagit comme face à une menace réelle : accélération du rythme cardiaque, tension, colère, envie de fuir....
Ce lien finit par s’ancrer durablement, il se corticalise . Le son devient, à lui seul, un déclencheur.
Une “triple peine” souvent invisible
Les personnes souffrant de misophonie vivent souvent une difficulté à trois niveaux :
D’abord, elles subissent ces réactions intenses sans les comprendre ni les contrôler.
Ensuite, leur entourage minimise ou interprète mal la situation, ce qui peut générer incompréhension, reproches et culpabilité. Les autres n'aiment pas non plus ces bruits de bouche mais les tolèrent et ne subissent pas ces réactions donc ils pensent que la personne joue une comédie .
Enfin, le trouble reste encore peu connu, ce qui retarde sa reconnaissance et ne permet pas de penser à une prise en charge.
Pour faire face, beaucoup développent des stratégies d’évitement : porter un casque anti-bruit, masquer les sons détestables, éviter certaines situations comme les repas en famille. Sur le moment, cela soulage. Mais à long terme, ces stratégies renforcent le problème en confirmant au cerveau que le son est effectivement dangereux.
Peut-on s’en sortir ?
Oui. La misophonie n’est pas une fatalité.
Des approches thérapeutiques existent. L’objectif n’est pas de supprimer les sons — ce serait impossible — mais de “déprogrammer” le lien erroné entre le bruit et la réaction de danger.
On pourrait comparer cela à un voyant rouge qui s’allumerait sur un tableau de bord de votre véhicule alors que le moteur fonctionne parfaitement. Le problème ne vient pas du moteur, mais d’une mauvaise connexion . Le travail consiste alors à rétablir un signal juste.
Encore peu connue dans certains pays, la misophonie fait déjà l’objet de nombreuses recherches et prises en charge dans le monde anglo-saxon. Elle est progressivement reconnue ( elle est en passe d'être référencée dans le DSM-5) et suscite un intérêt croissant.
Des solutions existent
Une approche pluridisciplinaire est en général bien adaptée pour traiter ce trouble. Le premier travail consiste à expliquer , à démystifier et à apprendre aux personnes concernées à parler de cette difficulté à leur entourage sans éprouver de culpabilité ni de gêne. En ce qui me concerne, j'accompagne mes patients avec une palette de méthodes issues des TCC, des outils de gestion du stress, un travail sur les émotions (Emres®) , également des thérapies d'accès à la conscience (TAC ® - qui se rapprochent de 'hypnose), des exercices de "humming" (chant bouche fermé), enfin, la stimulation de l'écoute (© audio-psycho-phonologie s. Tomatis) en travaillant sur la neuroplasticité facilite et accélère ce travail de reprogrammation .
L'excellent ouvrage de l'ORL Anne Marie Piffaut "Misophonie" permet de comprendre ce trouble, fait part de témoignages et donne explique des thérapies pour en venir à bout

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