Combien de cordes avons nous dans notre cerveau?

Mis à jour : août 23

Dans cet article Christine Mégret, (audio-psycho-phonologue - Centre de l’Ecoute, Payerne, Vaud www.centre-ecoute-payerne.ch) explique le concept d’impuissance apprise. Ces liens invisibles qui nous limitent dans l’utilisation de nos multiples capacités. En cette veille de rentrée scolaire, soyons attentifs à ne pas "apprendre" l'impuissance à nos enfants.



C’est grâce au monde animal qu’on a commencé à réfléchir au concept d’incompétence apprise.

Lorsqu’ils sont jeunes les éléphants domestiqués par les hommes sont retenus au niveau de leurs pattes par un lien (corde ou chaîne) afin qu’ils ne s’échappent pas. Ils apprennent rapidement qu’avec ce lien à la patte , ils ne peuvent pas se déplacer. Plus tard, lorsqu’ils sont adultes, si on leur met une corde toute légère qu’ils pourraient facilement arracher tant ils sont forts, ils n’y tirent pas dessus car ils ont intégré l’idée dans leur esprit, que ce lien est invincible donc ils ne bougent pas.

Ainsi, en 1944 , lorsque le cirque Barnum a pris feu. Les éléphants n’ont pas essayé de s’échapper, et ils se sont laissés mourir brûlés, malgré le danger.

On peut se demander combien de ces cordes ou chaînes nous avons dans notre tête d’adultes. Et nous avons tous un certain nombre de cordes.



Comment enseigner l’incompétence en 5 minutes ?

C’est le très réputé psychologue comportamentaliste, Martin Seligman qui le premier a développé le concept d’impuissance apprise chez l’humain. Plus récemment, Clarisse Nixon, enseignante en psychologie à l’université de Pennsylvanie a fait une expérience intéressante que je rapporte ci-dessous.

Elle propose une tâche à ses étudiants en psychologie : ils doivent résoudre 3 anagrammes.

Premier anagramme  très simple :

BAT ( chauve-souris).. qui se transforme très facilement en TAB (languette)

Elle demande aux étudiants qui ont trouvé de lever la main mais de ne pas donner la réponse à voix haute. Immédiatement tous les étudiants lèvent la main car ils ont accompli la tâche très facilement. Tous, sauf 3 étudiants car ces 3 étudiants ont reçu une copie qui contient des mots différents : le premier mot n'est pas BAT mais un anagramme irréalisable : WHIRLPOOL (tourbillon) , on ne peut pas construire de mot anglais existant à partir de ces lettres. Ces 3 étudiants ne peuvent évidemment pas lever la main.

Elle demande ensuite aux élèves de s’attaquer au deuxième anagramme, lui aussi simple.

MELON (melon)… très rapidement les mains se lèvent les étudiants ont trouvé LEMON (citron), sauf les 3 qui ont reçu des mots différents et qui une fois de plus ont un mot qui ne peut se transformer « LEPRECHAUN »(lutin)

Le 3ème anagramme est le même pour l’ensemble des étudiants, il s’agit de CINERAMA, légèrement plus compliqué mais que les étudiants transforment bientôt en AMERICAN… tous, sauf les 3 qui avaient les copies différentes, en seulement 3 minutes ils avaient appris qu’ils ne pouvaient pas résoudre des anagrammes et ils ont cru qu’il n’y arriveraient pas non plus avec le dernier mot.

C’est ce qui en anglais s’appelle « learned helplessness » et que l’on traduit en français par incompétence apprise.

Interrogés par la suite, les 3 étudiants commentent : « je me suis senti stupide », « j’avais envie de partir « , « je me sentais encore plus confuse », « j’étais frustrée », « J’ai perdu confiance en moi » .

Les émotions associées à ces croyances les ont empêchés de se lancer dans la résolution du 3ème anagramme.

Ainsi est le sort de nombreux élèves qui, s’ils n’ont pas été accompagnés dans la compréhension d’un échec, vont se persuader de leur incompétence et ne plus s’engager dans le travail scolaire.

C’est déjà dans nos formulations que nous communiquons nos croyances sur les capacités des autres

Depuis que j’ai réalisé le concept d’impuissance apprise, j’ai changé la manière dont je m’adresse à mes patients. Pendant les séances de thérapie de l’écoute, nous sommes amenés à faire toutes sortes de tâches : des jeux, des dessins, des bricolages et parfois aussi des devoirs.

Avant d’entreprendre une activité, voilà comment je m’adresse à eux :

«  je me demande combien de temps va te prendre la résolution de ce problème ? » au lieu de « voyons si tu vas savoir résoudre ce problème ». Dans la première formulation, j’affirme qu’il va résoudre le problème, le doute se concentre sur le temps que ça va prendre. Dans la deuxième formulation c’est la capacité de résolution qui est en question : son impuissance est donc sous-jacente.

De même, si nous nous engageons dans une tâche artistique, je leur dis « je me demande si tu es plutôt de l’école de Picasso, de Monnet, de Leonard de Vinci, de Van Gogh ou si tu as ta propre école artistique. Je te dirai ce que je pense lorsque j’aurai admiré ton œuvre ». Avant je leur aurais dit « voyons si tu pourras me faire un beau dessin ». Comme dans le premier exemple, dans la première formulation le doute porte sur l’appartenance à un style artistique. Dans la deuxième formulation par contre c’est sa capacité à dessiner qui est questionnée.

La nuance n’est pas triviale : savez vous que les résultats d’un élève sont davantage en lien avec ce qu’il pense qu’il sait faire qu’avec ses réelles compétences intellectuelles.

Les perceptions que l’on a de ses propres compétences influencent les aspects suivants :

- l’engagement dans la tâche,

- l’autorégulation dans la tâche (c’est à dire la capacité de modifier l’action en cours de tâche),

- les efforts fournis pour traiter l’information,

- la persévérance,

- les réactions émotives devant les difficultés.

Certains signes indiquent que les jeunes sont touchés par ce syndrome :

- Le perfectionnisme négatif : il consiste en la poursuite d’exigences élevées qui augmente la probabilité d’échouer accompagné de critiques récurrentes

- Le faible niveau d’estime de soi : jugement négatif de soi

- Les attributions causales : font référence à la façon dont l’individu explique ses réussites et ses échecs : il explique ses réussites par la chance et ses échecs par sa nullité.

- La motivation et les perceptions réfléchies de compétence : c’est les croyances que l’enfant a que ses parents lui attribuent peu de compétences dans une matière donné (l’enfant croit que ses parents le jugent nul en maths)

Le dépistage est important car cette illusion de « bon à rien » a des effets néfastes sur le bien être psychologique et peut nous suivre tout le long de la vie.

Soyons attentifs à libérer nos enfants de ces fausses croyances qui pourraient bien empêcher les artistes, les sportifs, les matheux , les littéraires.... qui dorment en eux de s'exprimer.

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